Épisode 60, Monsieur Fujimoto
Cet épisode transporte Alexis au Japon, où Dorian lui demande s'il doit laisser mourir Masaru Fujimoto pour récupérer son pouvoir. Publié le 29 août 2026, 36:37.
Le pas de la place Aragon
Plusieurs jours après le cercle de parole, la peur des passants retombe enfin et la ville redevient belle. Place Aragon, Alexis fait un pas dans une brume brève et le termine ailleurs : un parking, des maisons et des voitures un peu trop petites, et derrière tout cela le mont Fuji.
Dorian l'attend. Il appelle ce passage une Cardines Mundi, une porte d'un endroit à l'autre qu'il a appris à ouvrir très brièvement, en la déplaçant plutôt qu'en la faisant traverser, ce qui la rend presque invisible. Il n'a pas eu besoin de venir à Paris pour l'amener jusqu'ici. Charlie reste un problème, mais leur nombre diminue et ils ont tendance à s'allier contre lui.
Le hoto de Narusawa
Ils dînent dans un restaurant du village de Narusawa, au pied du mont Fuji. Dorian parle un japonais parfait, obtenu par ses pouvoirs et non par l'étude, ce qui le laisse en dehors des tournures et des mystères de la langue. Il commande un hoto pour Alexis, une marmite de fonte brûlante, bouillon de miso épais, nouilles très larges, champignons, légumes et poulet, et pour lui un yoshida udon, aux nouilles plus fermes, au chou et à la viande, très pimenté. Alexis renonce à demander un plat végétarien pour goûter la spécialité du lieu.
La question de Dorian
Masaru Fujimoto, vingt-trois ans, guide de montagne, fait partie des personnes sélectionnées par les extraterrestres, prises chaque fois à un extrême : lui pour être le moins joyeux. Il vit près de la forêt où l'on vient disparaître depuis qu'un manuel paru en 1993 l'a désignée comme le meilleur endroit pour qu'on ne retrouve pas le corps. Son frère s'y est suicidé quand il avait douze ans. Depuis qu'il a été recruté, sa nature a repris le dessus : il ne veut pas se tuer, il veut se laisser mourir.
Chaque personne dont Dorian récupère le pouvoir est une marche vers la victoire. Il pourrait l'accompagner à ce qu'il demande, ou entrer dans son cerveau pour le rendre heureux, ce qui ne respecterait pas sa volonté. Il a consulté des sages sans leur donner tous les éléments, cherché dans des livres la phrase qu'on se dit quand on est perdu, puis s'est tourné vers Alexis.
Alexis répond que même s'il s'agissait du pire homme du monde, même s'il voulait mourir, même s'il devait mourir dans l'heure, et même si sa mort réglait tous les problèmes de la planète, on n'aurait pas le droit de lui prendre cette heure. Dorian dit que cela le soulage : il le savait, il avait besoin qu'on le lui dise.
La nuit dans la forêt
Fujimoto se lève comme un automate et les emmène marcher. Dorian pense qu'il a accepté pour mourir là-bas. Un message de son frère Thibaut, un selfie et un « je t'aime » comme ils ne se le sont dit que deux ou trois fois, donne à Alexis de la force, et Fujimoto répond en parlant de son propre frère.
Une présence les suit. Fujimoto dit oni, esprit. Alexis va voir derrière un tronc et tombe en criant devant un fantôme. Dorian explique que ce sont les esprits des morts trop tourmentés pour quitter le monde terrestre, puis se ravise : celui-là est un des leurs.
Ils descendent jusqu'à une grande clairière et un étang parfaitement lisse. Dorian met en place une bulle de traduction, et Alexis parle enfin à Fujimoto. Celui-ci démonte chacun de ses arguments : il n'a rien fait de bien, il n'y a aucune raison de l'aimer, et aimer tout le monde revient à n'aimer personne. Alexis lui répond qu'il a été choisi, qu'il a donc une mission, et qu'il peut mourir une fois la mission terminée. Il compare cela au hoto qu'il n'avait pas envie de manger et qui était très bon.
La conversation dévie sur leurs échecs amoureux respectifs, et se détend. Fujimoto sort de son sac les boissons et les bonbons qu'il avait emportés, raconte une légende du lac, et l'on appelle l'oni pour partager : une vieille dame en robe blanche apparaît derrière un tronc, curieuse, puis disparaît. Le soleil se lève sur le mont Fuji autour d'un café chaud, et le pacte est conclu : Fujimoto garde le droit de mourir, mais après le problème Charlie.
Les sauts de la vieille dame
Sur la route du retour, Alexis salue l'oni. Elle déforme l'espace, lui pose la main sur l'épaule et l'emporte. Ils tombent de trois cents mètres, Dorian les suit, puis les sauts s'enchaînent, une zone industrielle abandonnée en pleine nuit, le pont d'un pétrolier devant des côtes désertiques, le noir complet, enfin le fond d'un bus américain roulant sur une autoroute au coucher du soleil.
Elle n'a plus rien d'un fantôme, c'est une vieille dame ordinaire. Elle lui demande s'il veut être ramené chez lui ou tué. Alexis propose une troisième voie et lui dit qu'elle résonne comme une petite fille qui a peur. Elle l'embrasse sur la joue et il se retrouve en bas de chez lui, à minuit, avec une facture d'itinérance et deux nouvelles connaissances.
En réalité
La forêt s'appelle Aokigahara et s'étend bien sur le village de Narusawa, au pied du mont Fuji, sur la coulée de lave de l'éruption de 864. L'épisode réunit en un livre ce que deux ont fait : le roman Nami no tō de Seichō Matsumoto, publié en 1959 et 1960, y installe l'idée qu'on peut disparaître sans que le corps soit retrouvé, et le Mode d'emploi complet du suicide de Wataru Tsurumi, paru en 1993, recommande le lieu. Ce que Fujimoto appelle un oni, une créature à cornes du folklore, est décrit par Dorian et montré par l'épisode comme un yūrei, l'esprit d'un mort retenu sur Terre (La forêt d'Aokigahara).
Personnages
Alexis Audou, Dorian, Masaru Fujimoto, Luna.
Cités sans apparaître : Thibaut, Charlie, Volodia, Romain.
Lieux
Paris (place Aragon), Narusawa.
Transcription intégrale : épisode 60 mot pour mot