Transcription : épisode 36
Transcription automatique, non relue.
Luna Invicta 36. Donc V avait un plan, et le plan était le suivant, c'était ni de longer la côte vers l'est ou l'ouest ou retourner à la côte, c'était d'aller tout droit vers l'horizon sous l'eau. Pour quelle raison ? Eh bien, il avait émergé un petit peu discrètement, si Dieu voulait, j'avais tellement entendu de « si Dieu veut » pendant une semaine que l'expression me donnait naturellement, mais si Dieu voulait, effectivement, il n'avait pas été repéré et il avait vu à l'horizon un navire. Et pas n'importe quel navire, un truc qui ressemblait à une vedette de yacht, un bateau, comment dire, pas un pétrolier, pas une coque de noix, et un truc blanc un peu stylé, genre grosse vedette de Jean Riche. Et je lui dis, attends. Enfin, on manquait d'oxygène, mais je lui dis, gars, au large de Tripoli, tu penses qu'il y a des milliardaires qui viennent s'amuser ? Je crois que les milliardaires, ce qu'ils veulent, c'est de la sécurité, surtout.
Il dit, écoute, vraiment, j'ai un bon feeling. Et c'est vrai qu'en général, il avait des bons feelings, sauf quand on lui mettait des cartes ou des dés dans les mains, et puis on n'avait pas trop le choix. On a pris nos respirateurs, on a dit une dernière fois au revoir à cette découverte. Et avec nos zips, il y avait... Ils s'appellent les plaquettes de bois que Sophia avait prises, qui étaient dans des zips qui flottaient un peu. On les avait mis, donnés à V, parce que sinon, on remontait naturellement. Et on a commencé à nager sous l'eau, à une distance, on va dire, de 4 mètres sous l'eau, un peu plus parfois, quand on entendait des bateaux passer. Et effectivement, il y avait des bateaux plutôt style coque de noix qui passaient de temps en temps. On les entendait venir à distance, donc on plongeait un petit peu. C'était les vêtements qui menaient la marche. Nous, on allait plein nord.
Et on remontait parfois, on a plongé tellement profond qu'on est presque... Enfin, il y avait une sorte de forêt d'algues, des posidonies. Et vraiment, il y avait des bancs de poissons rouges qui se... Vraiment, il y avait beaucoup, genre, je ne sais pas, 30, 50, 100 poissons qui nageaient entre ces forêts de posidonies. Ils ont descendu très, très bas pour ne pas qu'ils nous voient, parce que l'eau était très claire. C'était... Vraiment, le plein soleil de midi. Et on remontait de temps en temps. J'avais toujours peur qu'un gros poisson arrive. On a vu un moment un gros poisson, peut-être, je ne sais pas, une roussette ou un truc comme ça. Et en vrai, il a eu plus peur que nous. Et ça, ça m'a beaucoup détendu. J'étais fatigué et on a nagé vraiment très longtemps. Et à un moment, je me suis dit, je ne vais pas tenir. Et on arrivait au bout de nos réserves d'oxygène. Ce que j'ai dit, j'ai un peu utilisé mes dernières forces pour rattraper V.
Je lui ai tapé sur l'épaule et lui dire, je n'ai plus d'oxygène. Et il a dit, OK. Finalement, c'était un peu le cas de tout le monde. On est remonté. On a laissé couler nos masques, nos respirateurs. Les côtes étaient loin, genre petites. Alors, avec l'état de mes forces, ça aurait été possible, en faisant la planche, en faisant les forces, de retourner. Mais c'était compliqué. Également, même si le soleil tapait, paradoxalement, l'eau était fraîche et on se refroidissait un petit peu. Mais le bateau était là. Le bateau était là. Il était à 200 mètres. Nous, on était des petites têtes qui dépassaient de la houle. De toute façon, il nous faisait dos. Et c'était effectivement une sorte de... Je ne sais pas comment on pourrait dire. Ça devait être un bateau de 15, 20 mètres de long, blanc. Et il y avait un drapeau. Et quand je regardais le drapeau, c'était un drapeau français. Waouh ! Et j'ai commencé à dire...
Et il y avait qui disait... On ne sait jamais. Et effectivement, on ne sait jamais. Sophia, je pense qu'elle commençait à manquer de force, sérieusement. Et on a nagé tout doucement la brasse. Et on s'est accrochés au dos du bateau qui était à l'arrêt. Et les hélices n'étaient pas loin de nos chambres. Donc j'ai dit, oui, j'espère qu'elle ne va pas redémarrer. Et il y a V qui est monté à bord. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé. Mais après, V est venu nous chasser. Mais je peux imaginer ceci. V est monté... Donc il y avait une sorte de plat à l'arrière du bateau. Donc il a utilisé ça pour se hisser. Et dedans, il y avait non seulement des Français, mais surtout, c'était des militaires français. Genre, en tenue militaire, il y avait un officier et des matelots, on va dire. Il y avait aussi deux, trois civils. Et ces gens, ils avaient tous le regard tourné vers le nord. Pour une raison que je vous dirai dans quelques minutes.
Mais en gros, ce qu'il a fait... C'est qu'il a compris la situation. Moi, j'étais loin de comprendre. Et il a commencé par maîtriser un militaire qui était là. Et notamment, il lui a pris une arme. Qui était une arme de poing. Et il lui a dit, silence, sinon vraiment, je te flingue. Et il a poussé un peu son accent russe. En mode, moi les Français, je les tue au petit déjeuner. Le mec s'est dégonflé, il n'a pas lutté. Il l'a attaché, il l'a baïonné. Et il a fait ça avec deux, trois autres militaires. Vraiment, genre... Comment dire ? Une ombre, tu vois ? Mais je pense que personne n'était formé à cette situation-là. C'est-à-dire quelqu'un qui vient au milieu de la mer et qui fait ça. Et évidemment, il y en a un qui s'est rebellé sur la fin. C'était le mec qui était à côté de l'officier. Et vraiment, il a utilisé la force. Il lui a cassé un bras. Ça a dû être assez douloureux parce que j'ai entendu le cri jusque là où j'étais.
C'est-à-dire à moitié dans l'eau. Et l'officier aussi a été maîtrisé. Et quand on est monté, il y avait cinq personnes. Donc cinq otages d'une certaine façon qui étaient face contre terre. Dont le pauvre gars qui avait son bras cassé et qui génait un petit peu, tu vois. Et moi, je chuchote à V, je lui dis, mais gars, c'est des Français, c'est nos amis. Ils vont nous ramener chez nous, le consulat, passeport français, tu vois. Je dis des choses... C'est comme ça. Tu vois, je m'excite. Et il dit, non, non, mais c'est des gars de Frontex. Je dis, c'est quoi Frontex ? Il dit, c'est des gars, ils sont là, ils travaillent pour l'Europe. Et en fait, tous les migrants clandestins, ils les chopent en plein air et ils renversent leur bateau. C'est des enculés, tu comprends ? Je dis, OK, mais... Enfin, je veux dire, ils pouvaient nous sauver. Et là, ils ne sont pas en train de tuer des gens. Et ils me montrent devant, effectivement, au tout lointain, au nord, à l'horizon.
Il y a un énorme bateau, genre gonflable. Mais vraiment, il y a... Il y a une foule débordante, on se croirait dans un dessin animé, tellement il y a plein de gens qui sont beaucoup trop sur un tout petit bateau, tu vois. Et il me dit, ouais, il les attendait. Ils attendaient qu'ils aillent en pleine mer. Et franchement, ils allaient les tuer. Et je suis désolé, t'es français, j'ai rien contre les Français, comme toi. T'as un peu un truc contre les Russes, mais t'as rien contre moi. Mais là, c'est... Et tu vois, on se chuchote vraiment intensément. C'est méga grave, c'est grave, tu comprends ? Et il dit, mais tu sais, qu'est-ce qu'on peut faire ? Est-ce que tu sais piloter un... Le bateau et tout ? Alors, je réfléchis, ça tourne un peu dans ma tête, et je dis un truc. J'ai une idée. Je dis, écoute, j'ai une super idée. J'ai vraiment une idée de fou, tu vois. Et je m'approche, et je dis, on est le groupe Antoine.
Nous voulons la sécession de la France, et nous s'obéissons à Napoléon VI. Il y avait qui me fait, ouais, du pouce, tu vois. Il y a vraiment, il y a Sophia qui se prend la tête dans les mains. Il dit, mais c'est d'une complexité, ce truc. Et je dis, entre autres choses que nous détestons dans le gouvernement français et européen, et entre autres choses qu'on veut retourner au front, tu vois, je m'exprime mal, et le fait qu'on veut que la Bretagne et la Corse soient complètement indépendantes, nous n'acceptons pas que vous tuez nos frères humains en Méditerranée. Vous êtes nos otages, et nous allons demander une rançon. Voilà. Et vraiment, Genre V, il rigolait aux larmes, tu vois. Et il y avait qui rajoute, avec un accent russe, il dit, si vous faites la moindre chose, la moindre chose, mais vraiment, je vous flingue avec un plaisir. Sachez que je vous déteste personnellement. Et l'officier, il commençait à dire, vous savez, en fait, on comprend totalement, moi-même, je suis breton, on peut discuter.
Et vraiment, dès qu'il y a un qui parle, il y avait vraiment une sincérité terrible, et on voit une haine contre les gens qui oppressent les migrants et les pauvres, et une haine aussi contre l'armée dont il a fait partie intégralement. Vraiment, il lui donne un coup de poing dans le dos, mais je peux te dire, le mec ne peut plus parler, il dit, tu t'es ! Voilà, donc je suis devant un tableau de bord incompréhensible, immense, d'un moteur de Nadir, et je fais ce que j'ai fait de nombreuses fois dans cette aventure, et qui m'a vraiment sauvé, et qu'on peut vraiment dire que c'est extraordinaire, c'est qu'il y avait un Wi-Fi local à bord, et je suis allé voir un tuto YouTube, un tuto YouTube pour démarrer le truc, et vraiment, ça a pris un moment, tu vois, j'ai appuyé sur un bouton, ça ne marchait pas, voilà, et il y a vraiment, à un moment, il y a un militaire qui a essayé de m'embrouiller en mode, j'allume la radio par erreur, et je dis, hé, t'es en train de m'embrouiller, et il lui a mis une tarte monumentale, et il y a, à un moment, il y a quand même un gars qui en avait marre, parce qu'il pensait que la situation allait dégénérer, il a dit que le bouton sur lequel j'avais appuyé pour allumer, il fallait que j'appuie, genre, longtemps, en 30 secondes, boum, ça a marché !
Et moi, je lui ai dit, merci ! Et il y a l'officier qui a dit, vous pouvez vous en dire plus, sur votre groupe, Napoléon 6, et tout, et je lui ai dit, quand la Bretagne sera indépendante, tu en sauras bien assez ! On était mystérieux ! Donc on a commencé à aller plein nord, et le pauvre bateau de migrants qu'on suivait, je précise aussi, à toute fin utile, que non seulement ils avaient des armes de poing, mais ils avaient aussi des fusils d'assaut qui étaient quand même rangés, et ils avaient aussi, sur l'avant, une sorte de mitrailleuse posée, vraiment, terrifiante ! La mitrailleuse, c'est un concept qu'on aime bien voir dans les films, mais vraiment, quand on le voit devant nous, c'est pas terrible. J'avance c'est tant bien que mal. Je sais que, pour conduire un bateau, déjà, il faut un permis, et il faut lire des cartes, il faut tracer des itinéraires, et tout, mais, aujourd'hui, le monde moderne est quand même fantastique, c'est qu'on avait un GPS avec notre position en temps réel, ce qui était extraordinaire.
Ça rendait la conduite du bateau comme celle d'un jeu vidéo, finalement. On arrivait dans un monde où, à partir du moment où on avait joué à des jeux vidéo, avec une manette Xbox standard, on pouvait piloter un peu n'importe quoi. La houle était quand même grande, mais le vent, enfin, comment dire, la mer était quand même tranquille. Et, on avait perdu au nord, on était quand même allé plein nord pour voir ces fameux migrants qui chassaient et qui allaient peut-être, je sais pas, renverser. Et, on arrive, on contourne par la gauche, j'allais dire bas-bord, mais je passe un retard d'état hypnotique. Donc, on contourne par la gauche, et on voit, effectivement, une espèce d'immense zodiaque, fait de briques et de brocs, avec 30-40 personnes dedans, des femmes, des enfants, des gens perdus, tu vois, vraiment très inquiets, tractés par un zodiaque plus puissant avec un gros moteur qui était tenu par le passeur.
Et, quand il nous voit, vraiment, le passeur, il savait ce que c'était. Limite, je me suis dit, il est peut-être, il est peut-être, on va dire, il magouille peut-être avec Frontex, tu vois, mais il les laisse tomber tout de suite. Il casse, il coupe la corde, et il repart vers le sud. Et, évidemment, les gens qui étaient là, se sont mis à désespérer, à dire, non, non, mais ne nous tuez pas, s'il vous plaît, sauvez-nous, il y en a même qui disaient, oh, j'ai soif, et tout. Donc, vraiment, c'était, mais, ils parlaient dans toutes les langues, tous les dialectes, et tout, et ils étaient vraiment désespérés, et c'était, vraiment, ça a brisé le cœur, et tout. Et, il y a Sophia et Vé qui sont montés devant la mitrailleuse, ils ont caché la mitrailleuse avec leur corps, en disant, non, non, ne vous inquiétez pas, on ne va pas vous toucher, et tout. Et, vous voulez aller où ? Ils ont dit, oh, on veut aller en Europe, en Europe, ok.
Donc, on a commencé à lancer une corde, à les rattacher, donc, nous, on allait les tracter, donc, au lieu d'avoir un passeur qui tracte les migrants en Europe, c'est la navette Frontex qui allait faire le monde à l'envers. Et, aussi, nous, on puise dans nos réserves d'eau, de nourriture, il y en avait vraiment plein, la soute, tu vois, et on leur envoie, et vraiment, ils sont là, oh, mais, incroyable, vous êtes des anges, et tout, il y avait même qui se méfiaient, tu vois, en mode, mais qu'est-ce qui se passe ? C'est le retournement de situation, et vraiment, il a fallu les rassurer, tout va bien, et tout. Notamment, il y avait un qui venait du Congo, qui parlait très bien français, donc, on a pu leur dire, mais non, non, vous inquiétez pas, regardez, il y avait quelqu'un qui en a pris en otage, tu vois, et, pour leur montrer que, voilà, et vraiment, ils étaient, enfin, ils étaient virtuellement sauvés, c'était intéressant.
Donc, on a commencé lentement à avancer, il ne fallait pas avancer trop, bon, déjà, parce qu'il y avait des, la performance du navire qui tractait tant de, un gros bateau, elle était réduite, mais aussi parce que, ben, en fait, si t'allais trop vite, il suffit d'avoir une vague mauvaise, et le bateau qui était derrière nous se renversait. Donc, on a commencé à avancer doucement, et Sophia a pris les commandes dans la nuit, pendant que je dormais un petit peu, ça faisait quand même, genre, deux jours qu'on n'avait pas dormi, on était crevés, et on mangeait un petit peu. L'officier, qui était loin d'être un con, a commencé à discuter avec nous, on les a plutôt bien traités, même si V les avait un petit peu défoncés, c'est-à-dire qu'on leur permettait d'aller faire pipi, leurs besoins, etc., on leur donnait à manger, à boire, et, en fait, il a commencé à, donc, il a dit, écoutez, je veux pas, en vrai, je sais pas qui vous êtes, je vous déteste pas, moi, je fais juste ma mission, et je tiens à vous dire qu'on est en train de dévier de la route, ça va se savoir, il y a des gens qui vont venir à votre rencontre, vous allez avoir des problèmes, la radio, elle va sonner, vous allez faire quoi quand vous allez avoir un appel ?
Et, c'est ce qui s'est passé, c'était, c'était 5h du matin, il y a Sophia qui a dit, il y a Sophia qui a dit, ça sonne, ça fait deux fois et tout, donc, c'était des appels, qui nous disaient, enfin, c'était pas une sonnerie, c'était, genre, ils disaient, ils donnaient un chiffre en disant, on peut avoir un rapport ? D'abord, c'était un peu, rapport, après, c'était, on peut avoir un rapport, tu vois, genre, avec une voix, un petit peu, genre, qu'est-ce qu'il se passe ? Et, il y a, le, comment ça s'appelle, on va pas donner la parole au officier, il prend un gars, au hasard, un militaire, il dit, vas-y, réponds, et, vraiment, il lui met, il lui met un flingue sous le nez, et il lui dit, moi, je considère que ma journée sera pas complète si je tue pas un militaire aujourd'hui, donc, est-ce que ce sera toi ? Je sais pas. Est-ce que t'es prêt à donner ta vie ? Je pense pas. Tu vois, il a dit un truc comme ça, et le militaire, il a pris la radio, et il a commencé à parler, il a dit, oui, et il a dit, vous avez dévié de votre course, et le militaire dit, oui, et il a dit, vous avez un problème ?
Oui. Et le militaire dit, non. Ok, et là, comme on maîtrisait pas la situation, il y a, moi, je prends la parole, je suis pas trop rassuré, je dis, salut, ouais, il y a des pirates qui ont attaqué le bateau, les militaires sont en état de choc, là, et on essaie de rentrer au plus tôt, à la destination la plus proche, et alors, il y a un gros silence, et la personne en face, enfin, c'est une autre voix qui arrive, et il dit, mais vous êtes qui, vous ? J'ai dit, je suis un gars qui était otage chez les pirates, voilà, et je fais de mon mieux. D'accord, alors il dit, et vous, vous pouvez me donner votre identité ? Et je dis, je m'appelle Antoine, et je fais partie d'un groupe, là, je dis, d'un groupe, d'un groupe de touristes. Et en face de moi, il y a Sophia Hivet, qui rigole, tu vois, et d'accord, alors, vous étiez des touristes, des pirates, d'accord, et vous pouvez me dire votre destination ?
Il y avait qui dit, dit Barcelone, dit l'Espagne, dit n'importe quoi, dit pas l'Italie, parce que là, on va vers l'Italie. Alors je dis, on va à Barcelone, et la personne dit, là, on a une photo satellite de votre navire, et vous êtes en train de tracter un autre bâtiment, vous pouvez nous en dire plus, et j'ai l'impression que votre destination, c'est pas Barcelone. Bah, là, j'ai raccroché. Et l'officier, en bas, il nous dit, vous savez, c'est un peu votre dernière chance, parce que là, qu'est-ce que vous allez faire ? Vous allez avoir une frégate militaire qui va arriver, qu'est-ce que vous allez faire ? Vous allez faire quoi ? Vous allez vous rendre. Là, si vous nous libérez, je dirais, ah, ils ont fait une connerie, c'est des indépendantistes, c'est tout, ils sont un peu fous, le soleil a tapé, tu vois, vraiment, je ferai un truc hyper relax comme ça, et en fait, en plus, vous nous avez bien traités, c'est la vérité, et donc, si vous nous redonnez les commandes, je serai votre meilleur avocat quand vous allez être intercepté.
On a fait un petit conciliabule. À l'époque, on avait déjà dépassé Lampedusa, c'est la destination la plus proche de la Libye, mais c'est une destination à laquelle on ne voulait pas aller, à laquelle on ne voulait pas joindre, quoi. Je m'exprime mal, c'est le soleil. Parce que, tout simplement, c'est vraiment un nid à David Frontex, et pour se retrouver en camp de prisonniers migrants, non, certainement pas. Donc, on l'avait dépassé, et vraiment, notre destination, c'était en gros la côte italienne, et on n'avait aucune idée. Et à un moment, l'illumination nous vient malgré nous. C'est-à-dire que la solution se présente sous nos yeux. C'est que, tout d'un coup, à l'horizon, sur notre nord-est, on voit un gros navire pétrolier, genre de conteneur, et en fait, on en voit un autre énorme, et on en voit plein, et on voit aussi des navires, genre, Costa Croisière, et genre, comme s'ils étaient à la queue leu-leu, dans une immense procession, tu vois.
Et il y avait plein, plein de navires. Et on le sait, parce que, quand on a... C'était 5h du matin, donc vraiment, c'était la nuit, et tout d'un coup, genre, une route de feu sur la mer, tu vois. Et on se dit, mais qu'est-ce qui se passe ? Et à la première pensée, évidemment, ça y est, un porte-avion va venir nous chercher, comme si un porte-avion s'intéressait à ça. Mais en fait, on comprend que ce qui se passe, c'est que les bateaux ne s'éparpillent pas sur la mer, ils suivent des routes maritimes très fixes, pour que, s'il y a un bateau qui a un problème, qui coule, par exemple, tous les autres viennent l'aider. Et là, on se dit, putain, mais il y a un truc à faire. C'est-à-dire que, si on longe, on gagne le Costa Croisière qui est là, et qu'on le longe, et tout, en mode Frontex, qui traîne des migrants, qu'est-ce qu'ils vont faire, les boomers sur le Costa Croisière ? Ils vont faire des Instagram, ils vont faire des posts Facebook, tu vois.
Les gens vont nous voir, tu vois. Et il peut pas y avoir une frégate militaire qui va nous arraisonner devant tout ce monde-là. Même, peut-être même, on pourrait se cacher dedans, et tout. Donc, c'est ce qu'on fait. C'est-à-dire, on prend, on accélère, en faisant attention, on dit derrière, hé, s'il y a des gens qui tombent, vous nous le dites, tu vois. Et on gagne cet immense train de feu, qui devient un train de navire. Alors, quand on est dedans, les navires sont quand même très éloignés, quasiment, on les voit tout petits à l'horizon, tu vois. Mais, en fait, il est quand même réel, ce train, et on est en... On est juste devant, un peu, de façon insolente, un énorme bateau de croisière. Avec, effectivement, et ça ne manque pas, tout le monde qui fait des Instagram, et le bateau de croisière qui essaie de nous communiquer avec nous, avec un porte-voix et tout. Et nous, on se cache, on cache nos visages et tout, et on voit qu'il y a des otages.
Et, effectivement, il commence à y avoir, quand on arrive, il y a une côte, tu vois, une côte au loin. Le GPS, à un moment, il s'est éteint. Je sais pas où on était, je sais pas où on allait. C'était probablement l'Italie. Et, je sais pas combien de temps se passe. Je sais pas si c'est le jour ou la nuit ou quoi. Mais, effectivement, il y a un port qui est devant nous. Il y a un port qui est devant nous. Il y a un hélico qui nous surveille. Il y a des vedettes italiennes, aussi, qui tournent autour de nous. Et, on manque d'idées à ce moment-là. Mais, V, on a une qui est très pittoresque. Il a mis une cagoule militaire. Et, il dit... Il dit, on va faire un petit... On va faire un... Comment ça s'appelle ? Un petit happening pirate. C'est-à-dire que, comme un pirate, à part qu'il a un pistolet à la place d'un sabre, il fait lever un par un les militaires et il les met, tu sais, au bord du plat-bord, enfin, de l'endroit plat où on pouvait aller dans l'eau, tu vois.
Et, il dit, allez, sur la planche ! Et, il commence à chanter une chanson. En tant que pirate, tu vois. Et, à un moment, elle dit, non, non. Et, le gars qui est là, il dit, non, s'il vous plaît, vraiment, on est quand même loin. Est-ce qu'on peut pas attendre 300 mètres ? Il dit, non, non, c'est bon, on est à un kilomètre des côtes. Si tu peux y arriver, mon gars, tu vas pouvoir nager et tout. Et, il dit, non, mais il y a le gros navire derrière. Je dis, mais non, ça va, tu vois. Donc, en calcul, on les met un par un dans l'eau. Et, je sais pas ce que les gens qui filmaient ont vu à ce moment-là. Et, vraiment, ça a dû... C'était à la fois rigolo, complètement fou. Ça ne faisait pas rire non plus, parce que, voilà. Mais, ce qui était bien, en fait, c'est que comme on a jeté dans l'eau toutes les 10 minutes un gars, il y avait beaucoup de manœuvres pour que le gars soit sauvé. Donc, il y avait des bateaux qui s'arrêtaient, il y avait des hélicoptères qui restaient sur la personne et tout.
Le dernier, c'était le type dont V avait cassé le bras. Et, cette fois-ci, il l'a pas jeté dans l'eau parce qu'en plus, il aurait du mal. Mais, il lui a donné les commandes du navire en disant, gars, tu rentres et je suis derrière toi et si tu fais le moindre truc, je te bute, tu vois. Et, quand on était, pour le coup, à 200 mètres avant, on a tous sauté à l'eau. On avait trouvé, dans la nuit, on avait trouvé des bonbonnes, enfin, des bouteilles d'oxygène pour nager. Et, on a plongé. On a plongé, Sophia, moi et V. Et, on a nagé, nagé, nagé le plus possible, le plus profondément possible dans une baie maritime qui était la plus polluée du monde. C'était absolument dégueulasse. Tous les pires trucs en plastique, en métal, ils étaient là. Mais, par contre, ça nous cachait très, très bien, tu vois, vraiment. Et, avec ces immenses navires, ce bruit incroyable des grands, grands navires qui passaient autour de nous.
Et, on a remonté vers le nord le plus possible jusqu'à ce qu'on soit à bout de force. Et, on est arrivé sur une plage. C'était la nuit. Et, il y avait encore deux, trois personnes autour du feu qui jouaient de la guitare et tout. Il y avait un gars qui disait, en italien, c'est la fin du monde, le diable est parmi nous, il faut se repentir, tu vois. Et, il y a des jeunes qui sont venus nous voir parce qu'on arrivait de nulle part et on a commencé à enterrer des bouteilles de plongée sur la plage. Et, il y a quelqu'un qui nous a dit, il nous a parlé en anglais, il nous a dit c'est vous les gars qui avez apporté qui avait passé les français par-dessus bord et qui avait apporté les migrants et il nous dit la ville et on se regarde et il voit qu'on a un peu peur, tu vois, on est claqué, on est, voilà. Et, en fait, il nous montre une vidéo YouTube sur son téléphone. Et, ce qui s'est passé c'est que le navire est arrivé, les migrants sont arrivés et il y a eu une émeute sur le port parce qu'il y a des gens qui étaient au courant depuis longtemps que ça allait arriver et que, et vraiment, l'aspect pirate on sauve des migrants, on reprend le pouvoir sur l'armée, ça a donné un formidable élan d'espoir notamment à des jeunes qui étaient désespérés parmi une population qui se pensait jugée par le diable, tu vois.
Et, entre l'armée qui était là, la police qui était là, pour les cueillir, pour cueillir tout le monde et aussi des mouvements de gauche, mais aussi la jeunesse, tout simplement, et tout simplement des gens raisonnables aussi qui ont vu tout ça. Vraiment, il y a eu une baston générale sur le port de Sittaveccia qui est un port très long, qui est multimodal et qui donne, en fait, sur Rome tout simplement. Et, il y a eu, enfin, c'est à tel point qu'il y a eu la Croix-Rouge qui a dressé des tentes où se trouvaient à la fois des migrants dont on prenait soin, qui avaient été particulièrement exténués par la traversée, non pas seulement de la Méditerranée qui était plutôt cool quand même, mais aussi de tout ce qui était avant. Mais aussi des gens, des Italiens, qui s'étaient bastonnés, mais de ouf, de ouf, pour que les migrants arrivent en Italie et qu'ils soient sauvés parce que, tout simplement, ils avaient peur à cause de l'histoire du Vatican que Dieu, que Dieu en personne, c'est-à-dire le message de Jésus qui était quelqu'un qui détestait les riches et qui voulait accorder l'asile aux migrants, sauver les étrangers, etc.
Et moi-même, j'ai été étranger quand il est né, il était quelqu'un de chassé, tu vois. Sa famille était chassée. Donc, en fait, en gros, il y avait un shift, la question migratoire qui a toujours été très crispée en Italie, a complètement shifté et devenu une question religieuse majeure. Et elle l'était déjà, le pape François I avait déjà beaucoup sensibilisé les gens à ça, mais là, on comprenait par diverses choses surnaturelles que c'était vraiment quelque chose de très... qu'elle allait plonger la ville dans le chaos. Et les gens veulent prendre des selfies avec nous. On leur dit non, c'est un peu compliqué. Et il y a un gars, un jeune, il s'appelle Giacomo, et il nous invite dans sa petite Fiat, vraiment topolino, mais vintage, tu vois. Et il nous dit, non, mais venez, je vous accompagne où vous voulez, on rentre à Paris et tout. On était vraiment à bout de force, et c'est vrai qu'on aurait dû s'éloigner le plus possible.
Et on est un peu paumé. Et moi, en fait, quand on me dit, homme, oui, il y a cette histoire de démon et tout, et j'étais là-bas il n'y a pas longtemps, et personne ne le sait, mais je pense au super restaurant qui faisait des artichauts à la Giuda, là, free. Et vraiment, j'ai mon estomac qui fait un grouic vraiment énorme, comme s'il y avait un animal en moi. Et je dis, vous connaissez un hôtel safe à Rome ? Et il dit, ouais, ouais, bien sûr, vous allez voir, vous ne vous rendez pas compte, mais vous avez beaucoup d'amis ici. Voilà. Donc, on longe des petites plages, des pins parasols, quelques villas anciennes, mais aussi des bâtiments en construction, des immeubles années 50, très jolis. On remonte une route qui est bordée d'arbres, toujours des pins, c'est magnifique, parfois la route, elle est pavée. On a vraiment le Rome très touristique, pas très connu, très beau, le Rome balnéaire un petit peu.
On arrive dans la ville de Rome qui est pleine d'activités, et dans un quartier central, donc vraiment pas loin de la place d'Espagne, il y a une sorte d'immeuble qui est un hôtel très ancien et qui appartient à l'église. Et donc, Giacomo explique à des sœurs qui sont devant nous, qu'est-ce qu'on a fait ? Et si les sœurs savaient ce que je faisais il y a quelques jours sur le Vatican, ça les aurait bien étonnés. Et bien entendu, elle nous dit, oui, oui, on a de la place pour vous, on va vous trouver une chambre, et on se retrouve dans une très belle chambre, haute de plafond, qui donne sur une place magnifique, dans laquelle il y a trois grands lits avec des draps blancs, des crucifix partout, bien entendu. Les sœurs nous disent, c'est 100 euros la nuit, parce que j'imagine que l'église, même quand elle donne de bon cœur, il faut quand même payer un petit peu, mais on a de l'argent, on est content de les payer.
Et Sophia tombe sur le lit, chanteuse, en avant, en disant, je ne veux plus bouger maintenant, je suis épuisée. Et je dis, non, mais quand même, si je vous disais que, pas loin d'ici, il y a le meilleur restaurant du monde. Alors, Sophia dit, j'ai un petit peu faim, mais je n'ai vraiment pas envie de bouger. Et là, il y a quelqu'un qui frappe à la porte, et vraiment, on est tous sur les nerfs, enfin, on est sur le point de sauter sur la personne, et il y avait qui ouvre, mais vraiment, sur le point de défoncer la personne, et c'est la sœur qui nous héberge, sœur Héléna. Et Héléna, nous dit, un petit papier pour vous. Alors, il y a marqué, pour Alexis. Alors, j'ouvre, il y a marqué, il faut qu'on parle, rendez-vous ce soir, à 23h, en bas de l'hôtel. Et c'est signé Cassandre. Cassandre, ok. Et vraiment, ça m'énerve. Ça m'énerve parce que, genre, elle arrive de nulle part, elle me donne des missions, elle ne se rend pas compte du contexte que j'ai un plan restaurant, et ensuite, je vais faire une nuit de sommeil, genre, pas une nuit de sommeil, je vais dormir, genre, trois nuits, c'est ça le truc.
Donc, je fais certainement pas, je suis explosé. Donc, les gens, Sophia et V, ils disent mais c'est quoi ? Et je dis, hé, c'est rien du tout, je déchire vraiment consciencieusement, je déchire, je jette, ne vous inquiétez pas, c'est quelqu'un qui m'emmerde en permanence, qui a su que j'étais là, mais c'est pas une personne qui va me faire chanter, ne vous inquiétez pas, ce soir, ce soir, on fait un bon repas. Vous avez le ventre plein, je vous promets, vous n'allez pas être déçus. Et ensuite, on va dormir, et croyez-moi, faites pipi parce que vous êtes... On va dormir, genre, 13h, c'est sûr, voilà. C'est comme ça. On n'en pouvait plus, mais il fallait bien qu'on... Il fallait bien manger, quand même, et je leur avais promis quelque chose. Donc, vraiment, avec les guibolles qui vraiment tremblaient un petit peu, on a marché dans Rome. Rome qui avait beaucoup changé parce que c'est une ville qui est à la fois, enfin, elle devenait schizophrénique, un petit peu.
C'est une ville qui est touristique, industrielle, culturelle, et là, c'était une ville qui devenait très, très touristique et extrêmement religieuse. Rome a toujours été religieuse, mais Rome n'a jamais eu des prophètes millénaristes apocalyptiques à chaque coin de rue, des prêtres improvisés, des gens qui avaient monté leur propre culte, vraiment sonner des cloches ou taper sur des tambours en disant, vous ne vous rendez pas compte, Satan est venu nous voir, c'est la fin du monde, donnez-moi de l'argent et je paierai pour vous, des choses comme ça, ou adhérez à mon groupe où il faut, comment ça s'appelle, il faut tous se repentir, venez tous, on va se sacrifier à tel endroit, telle église, voilà, tu vois, donc vraiment des choses extrêmement fortes, tandis qu'il y avait aussi une insouciance, l'insouciance italienne, la joie de vivre. Je retrouve vraiment, je ne connais pas Rome, je suis allé une seule fois brièvement avec Dorian, mais je retrouve avec mon Spider Sense de la bouffe, le restaurant génial que Dorian m'avait trouvé, et quand j'arrive, la pièce qu'il avait créée est encore là, et les gens se souvenaient de nous, parce que Dorian il les avait arrosés d'euros, tu vois, et vraiment, ils arrivent, et on rentre dans le restaurant, et Sofia me dit, il est bon ce restaurant, je dis, mais il est délicieux, et quand on arrive, le responsable du restaurant, il s'incline devant moi en disant, Monsieur Alexis, on est très content de vous revoir, vraiment avec énormément d'intensité, votre table est prête, et là, Sofia, elle me dit, c'est quoi, c'est un prank ?
Je dis, non, non, moi j'ai mon restaurant, et je voulais vous le montrer, et vraiment, je choisis pour vous, d'accord, et j'ai pris exactement pour eux, le plat qu'ils avaient pris, et je n'avais pas du tout envie, alors juste, je leur ai dit, on ne prend pas de décembre, on va prendre une glace dehors, mais vous allez me goûter, ces petits artichauts frits, ce petit cacio et pépé, c'est-à-dire les pâtes, la crémeuse avec du poivre, mais vraiment, et j'ai dit, et s'il vous plaît, au mec du restaurant, alors comme si j'étais chez moi, je dis, s'il vous plaît, faites-moi plaisir, mettez une bonne dose, nous, ça fait longtemps qu'on n'a pas bien mangé et tout, et on est, on mange, ça nous fait beaucoup de bien, c'est vraiment hyper grave, chaleureux, j'ai l'impression que je suis très aimé, et que je les aime beaucoup, et c'est vraiment chouette, et on ne réalise pas tout ce qui s'est passé en si peu de temps, et je pense que ça vaut mieux aussi, que même si ce n'était pas terrible, qu'on l'oublie un peu, parce que parce que finalement, on est un petit peu recherchés, même si, ce qui est intéressant, c'est que le groupe Antoine, Napoléon 6, quand on ne sait pas ce que c'est, et quand ça va remonter à l'armée, ils vont exactement identifier qui c'est, et ça peut être intéressant.
Ça peut être intéressant, même si effectivement, de fait, même si j'ai jamais adhéré à ce groupe, par trois fois, c'est-à-dire en les libérant, en intervenant à Marrakech, et aujourd'hui, en se prétendant en faire et faire une action d'éclat, j'en faisais, j'en faisais partie d'une certaine façon. On est sortis du restaurant, on avait un peu plus d'énergie, et on s'est arrêtés à, alors pas le petit fabricant de glace italienne, on s'est arrêtés à un Grom, je ne sais pas si vous avez déjà mangé du Grom, on a pris, moi j'ai pris une Stracciatella, vanille, voilà, je suis arrivé, mais surtout, ce qui est bon chez Grom, c'est la chantilly, et j'ai pris vraiment, je leur ai dit s'il vous plaît, je vous en supplie, même si je dois payer beaucoup plus, mais mettez-moi masse de chantilly, et j'ai mangé, on était sur la place d'Espagne, j'ai mangé la, la classe avec le plus de chantilly au monde, vraiment, c'était un peu comme une barbe à papa, ça nous a fait beaucoup rire.
Pour l'anecdote, à cette époque-là, il y avait quelqu'un qui était à Rome, et qui avait vécu tous ces événements, c'était quelqu'un qui a un prénom italien, et pourtant il était américain, et je ne sais pas si ces événements, cette densité, cette folie, ont, comment ça s'appelle, ont participé à ce qu'il allait devenir plus tard, mais cette personne-là, c'était une personne qui était en transit, en escale, pour un voyage en Asie, le seul qui l'a fait de sa vie, et il s'appelait Luigi Mangione. Donc je l'ai probablement croisé, alors que je mangeais une glace grosse comme barbe à papa, et on s'est couché le soir, on était bien, on s'est endormi, et tout allait bien, on s'est endormi avec cette idée de dire, on a fait quelque chose de bien quand même, même si la situation, elle est un petit peu tendue, on a vécu plein de choses. Le soir, Sophia, même si elle était épuisée, elle s'est penchée sur le bureau, sur les petites pattes de mouche qu'il y avait sur le bois, je l'ai vu un peu sourire, donc je pense que peut-être tout ce voyage, il n'a pas été fait pour rien, j'avais du mal à m'endormir, et je me dis souvent qu'il faut être reposé pour pouvoir bien dormir, et là j'étais fatigué, et donc j'avais du mal, ça tournait dans ma tête, ça fait clac, parce que Sophia a éteint sa lampe, elle s'est couchée, V ronflait, comme une aciérie, et je me suis endormi, j'ai entendu les 300 églises de Rome sonner les 11h de 23h, et là, la fenêtre de ma chambre s'est ouverte, et quelqu'un est rentré.