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Transcriptions

Transcription : épisode 32

Épisode 32, publié le 1er août 2026, durée 32
. Écouter. Fiche : Épisode 32, Le retour de Dorian.

Transcription automatique, non relue.

Luna Invicta 32. Je vois la photo. Il n'y a plus derrière le sévérion, il n'y a plus le gars qui se noie. Alors je zoome, j'écarte la photo et je vois à la place, la photo a changé. Je vois sous l'eau l'œil immense, une sorte de créature d'émerge, pas une baleine mais vraiment grosse et c'est assez inquiétant. Je dézoome et on est tous les deux en train de sourire, je suis plus moche. Au sol, je vois un truc un peu chelou, c'est un peu rouge, c'est un doigt coupé. Je regarde nos deux mains, on n'a pas de doigt coupé, il y a un doigt coupé au sol. La photo, plus je regarde, plus il y a des détails complètement horribles. Quand je regarde dans des coins et que je ne regarde pas la big picture, je vois un tentacule qui sort de l'eau et qui s'enroule autour d'un barreau du bastingage. Des fois, je regarde le visage de sévérion et en fait, il n'a pas de visage. C'est comme s'il avait de la peau sur tout le visage.

Quand je regarde à côté et que je reviens, il a à nouveau son visage normal et à un moment, mes deux yeux sont crevés. C'est une vision qui est tellement affreuse que je... J'arrête, je ne regarde pas la photo. J'aurai éteint mon téléphone et j'ai vraiment le cœur qui bat très très vite et je sens mon amulette. C'est complètement psychosomatique peut-être, mais je la sens. Il se passe un truc, elle se chauffe, elle émane une énergie complètement mystique. Je re-regarde la photo tout en tenant l'amulette, en la posant ma main à travers le t-shirt. La photo redevient normale. À nouveau, les petits détails apparaissent. Un jeu vidéo, quoi. Et je dis, on est dans le domaine de l'irrationnel et je décide d'effacer la photo. Et vous savez, ça place la photo dans une poubelle et je la re-efface pour qu'elle disparaisse à jamais. Et tant pis, avec le recul, j'aurais dû en faire quelque chose de cette photo.

C'est-à-dire, je ne sais pas, la soumettre à des gens pour analyse ou je ne sais pas. Mais en tout cas, c'était trop difficile sur le moment et j'étais vraiment en état de choc, quoi. C'est à ce moment-là que Sophia est arrivée. En taxi. Elle paye le taxi. Elle est affolée. Et en plus, elle me voit avec un visage déjà fatigué d'une nuit pas possible. Mais en plus, genre qu'il vient d'avoir un choc. Et toute petite, mini apparence de colère se fond totalement parce qu'elle était inquiète et en colère du fait qu'on n'ait pas donné de nouvelles. Elle dit, mais qu'est-ce qui s'est passé ? Je dis, vraiment, c'est trop long. Je commence quand même à dire quelques petits trucs. C'est des gars chelous. V à la fièvre du jeu. Là, il est en train de se confesser. C'est très confus. Parce qu'en fait, quand je suis en train de lui parler, je pense à autre chose. Autre chose, je me dis que les amulettes qu'on a reçues.

En fait, l'amulette, elle vient de me protéger. Et les amulettes qu'on a reçues, c'est de la vraie magie. Le saïr, c'est un vrai magicien. Et je me dis, on va aller dans un territoire dangereux. On a une amulette. Mais il en faudrait peut-être une pour Sophia. Alors, j'attrape un petit gars. Je dis à Sophia, tu n'as pas 10 euros. Elle dit, c'est tout ce que tu as à me dire. Je dis, donne-moi 10 euros. Et elle me donne l'équivalent de 10 euros en livre égyptienne. J'attrape un gamin qui est là, qui nous regarde depuis tout à l'heure. Qui veut nous vendre, je ne sais pas, des petits scarabées, des petits papyrus. Je lui dis, voilà, je te donne ça. Il est là, waouh, waouh, waouh. Il y a un gars qui va sortir de l'église tout à l'heure. Il est blanc. Tu lui dis d'aller voir le saïr. C'est très important. Parce que je reviens du saïr, tu vois, je lui montre mon amulette. Tu lui dis d'aller voir le saïr.

C'est d'accord ? Il dit, oui, oui, oui, je le ferai, je le ferai. Je dis, Sophia, je t'emmène voir le saïr. Elle me dit, c'est quoi un saïr ? J'ai dit, le saïr, c'est un magicien. Et il va te faire une amulette protectrice comme j'en ai. Et elle me dit, est-ce que... Donc, elle me suit quand même. Elle me dit, mais ça va bien. Est-ce que... Vous avez pris de la drogue hier soir et tu es encore en trip et tout. J'ai dit, Sophia. Sophia, je sais que tu es une scientifique. Mais... Et moi, tu as vu, je ne t'ai jamais... Je ne t'ai jamais emmerdé avec des conneries d'horoscope ou de tarot ou de je ne sais pas quoi. Je ne t'ai jamais parlé de Dieu. Mais j'ai vu des choses troublantes, d'accord ? On est dans un pays ancien. Il y a des forces obscures. Il y a des choses que je n'explique pas. Et il n'y a pas de drogue dans l'histoire. En revanche, je vais t'emmener dans un endroit où ils font des amulettes.

Et tu regardes l'amulette que j'ai, tu vas la faire. Tu vas faire une amulette. Et elle te protégera, d'accord ? Elle me dit... Alors, elle s'arrête et elle dit, non, jamais de la vie. J'en ai marre. Tous ses propos et toutes ses histoires sont incompréhensibles. Et alors, je ne vais certainement pas payer un magicien, elle fait les guillemets avec les doigts, pour avoir une amulette. Et là, j'ai une idée géniale. Je décide de lui mentir. Et je lui dis le bobard suivant qui vient sur moi. Mais je pense... Excusez-moi, je deviens mystique, inspiré par l'amulette. Je dis, bon, tu as raison. Je t'ai un peu... Je t'ai un petit peu, comment on dira, sticoté. En fait, le saïr, c'est une sorte de mafieux local, chef de la mafia. Et quand il nous fait cette amulette qui coûte cher, mais une fois qu'on l'a, en fait, plus personne, même à la frontière, plus personne ne nous fait chier. Tu vois, c'est un truc, on se fait moi arnaquer.

On est protégé par le boss, tu vois ce que je veux dire ? Et regarde, moi, j'en ai eu une. Volodia, il en a une. Vas-y, t'en fais une, parce que si t'en as pas, ça sert à rien que nous deux, on en ait une, tu vois. Et ça, ça la convainc vachement. Donc, on y va, on retourne vers le petit chemin à côté du Nil. Elle dit, oh, mais c'est vachement mignon ici. Je n'aurais jamais cru que le Caire... Le Caire qui existait, une grande ville autour de nous, avec des klaxons, une sorte de vie automobile hyper puissante, mais dans une forme de lointain, où là, il y avait plutôt des humains, des animaux. Il y avait des cris d'enfants. On retoque à la porte du Caire, qui, le pauvre, n'avait pas trop dormi. C'est sa femme, qui est encore moins dormie, qui nous ouvre. Et je lui dis, excusez-moi, je sais que vous êtes fatigué, mais on voudrait vous acheter encore une amulette. C'est pour mon amie Sophia.

Voilà. Elle réveille le Caire. Et le Caire, il dit, c'est 1000 euros. Alors, heureusement, il le dit en arabe. Je dis à la femme, non, non, traduis pas ça. Je dis, nous, alors, je réfléchis, je regarde Sophia, Sophia, je dis, combien elle pourrait payer ? Quel est le prix acceptable ? Sachant que j'ai quand même, en fait, je suis désormais persuadé que la mienne, elle ne vaut pas 1000 euros, elle en vaut 10 000 ou 100 000. J'aurais donné toute ma vie pour l'avoir, pour me protéger du mal, tu vois. Donc, je dis, 200 euros. Nous, on a juste 200 euros. Mais ce n'est pas mal, 200 euros. Et alors, on commence à négocier. Et il dit 800, et je dis 250, et voilà. Et à un moment, on arrive à un prix de 300 euros. Sophia, elle dit, mais de quoi tu discutes depuis un quart d'heure ? Je dis, je ne sais pas. Et elle dit, je ne sais pas. Et je dis, j'ai essayé de baisser le prix. Le prix était extrêmement cher.

Et on te fait un prix d'ami à 300 euros. Alors, elle me dit, vraiment, Alexis, si je ne te connaissais pas, vraiment, je dirais, c'est une pure arnaque entre lui et toi, ce n'est pas possible. C'est un vrai truc. Est-ce que tu es vraiment Alexis que je connais ? J'ai dit, vraiment, Sophia, si tu crois un seul truc dans toute ta vie, s'il y a une seule chose que je te supplie de croire, vraiment, je t'en conjure, c'est que cette amulette, elle vaut 300 euros. Donc, elle sort, elle claque la porte, et je la vois faire les 100 pas dehors, etc. Et je dis, tu sais, de toute façon, 300 euros, tu sais où on va les payer ? À la frontière, il va falloir soudoyer des gens, des gens vont nous en demander. Ça, c'est un discount, tu comprends ? Et elle dit, tu sais quoi ? Je vais payer les 300 euros, mais ce que je vais faire, c'est que je vais les retirer du fameux mois que je dois te payer en termes d'assistant.

D'accord ? Alors, je dis, c'est un peu injuste, parce que, sache que j'ai jamais fait plus mon travail d'assistant que maintenant. Elle me dit, et c'est ça ou rien ? J'ai dit, bon, c'est ça. Alors, parce que, tu sais quoi, Sophia ? Plus que l'argent, je t'aime, toi. Et on est retournés, et elle a accepté, alors, elle a sorti des paquets de liasses égyptiennes, voilà, complétées par des dollars, des euros, et tout. Et regardez cet argent, tout le monde, même moi, tu vois, je recevais beaucoup d'argent pour moi. Et en tout cas, il empoche tout, et il recommence à faire, il nous a assis sur des chaises, moi, je suis un petit peu en retrait, on est sur le grand tapis bleu, avec, voilà, les symboles ésotériques, et les gens sont autour de nous, il y a encore les instruments de musique, etc. Il a encore une petite amulette, je sais pas combien il en a d'identiques, mais, en tout cas, et il dit, alors, je lui traduis par multiples interprètes, je lui dis, maintenant, il faut que tu donnes un souvenir très heureux de ton passé, qui, malheureusement, sera dans cette amulette, donc, il sera toujours avec toi pour te protéger, mais, tu ne l'auras plus en toi.

Elle me regarde, mais comme si j'étais un débile mental. Elle me dit, mais tu crois ces conneries ? J'ai dit, fais-le. Et elle me dit, c'est quoi ton souvenir ? Je lui dis, tu veux vraiment le savoir ? Parce que, c'est pas très intéressant, je peux te raconter le souvenir de Volodia, par contre. Alors, elle me dit, bon, c'est quoi ? Alors, j'explique, la mer noire, les poissons et tout, le fait qu'il soit mis à pleurer, et ça la convainc un peu, en fait, tu vois. Et, elle me dit, et toi, ton souvenir ? Je dis, on en parlera une autre fois. Et là, donc, elle se tourne devant le saïr, et elle dit, je dois lui parler à lui ? Je dis, vas-y, parle-lui à lui. Et, elle dit une histoire absolument dingue. Elle dit, ben voilà, j'avais 23 ans, j'étais une élève extrêmement brillante, et en fait, j'étais déjà en maîtrise, en maîtrise de l'histoire des civilisations, et j'ai rencontré un homme qui était l'homme le plus beau du monde.

Et moi, j'étais pas forcément très belle, moi, j'étais intelligente, et j'avais des bonnes notes, mais ça sert à quoi d'avoir des bonnes notes dans une société où il y avait Internet, qui arrivait, il y avait des... Enfin, surtout l'histoire des civilisations, quoi. Et, je me sentais vraiment pas une fille terrible, et j'ai rencontré un homme dont je vais garder le nom pour moi, mais il était beau comme un dieu. Et quand je dis qu'il était beau comme un dieu, c'était vraiment Apollon, préincarné. Musculature parfaite, sourire incroyable, cheveux pas blonds, mais dorés. Vraiment, un être venu d'un autre monde, qui était pourtant quelqu'un de normal, que j'ai rencontré presque par hasard. Et on a un peu discuté ensemble, et c'est lui, d'ailleurs, parenthèse, qu'il a changé ma vie à plusieurs titres. Mais il a changé ma vie sur deux sujets. Le premier sujet, c'est un peu ridicule, c'est qu'il m'a dit à quoi tu t'intéresses, et moi j'adorais l'Antiquité.

Et à notre deuxième rendez-vous, il m'a offert un livre, qui était une fameuse traduction commentée des voyages par Pline l'Ancien. Et c'est là où le mot Cardenas Mundi m'a frappé. Et j'ai dédié ensuite une thèse qui va être toute ma vie dessus. Donc il a changé ma vie à ce sujet-là. Et aussi, il a changé ma vie parce que il a fait de moi une personne qui a de l'estime d'elle. Et à chaque fois que je le voyais et que je voyais son intérêt sincère pour moi, j'étais transformé. Genre, il m'a fait grandir et en plus il me traitait bien et tout. Et vraiment, ces moments-là, c'est des moments magnifiques. Ils ont pris fin parce que la vie est une chose compliquée et j'ai pas trop de regrets de ne plus fréquenter cette personne. Mais à ce moment-là, il a rendu ma vie absolument extraordinaire. Moi, je la regarde avec des grands yeux. J'aurais pas imaginé que ça. Cette histoire derrière elle. Et après, je me dis...

Alors, vous savez, j'avais un petit complexe sur le fait que j'étais pas très beau. Et je me dis, effectivement, peut-être que je suis pas très beau. C'est pour ça que je l'intéresse pas. Mais bon, en tout cas, le Sahir capture ce moment magique et le met dans la mulette, termine son rituel alors que Volodia toque à la porte et vient nous voir. Il est content. Et... Il dit... Donc, ça se termine, on paye, on est content, on nous met dehors avec beaucoup de remerciements. Et la femme qui me glisse, tu ramènes d'autres amis quand tu veux. Voilà, ils ont fait le deal du siècle. On essaie plus ou moins de se mettre au jus. Sophia demande c'était quoi mon souvenir à Volodia. Volodia, il dit, c'est une connerie de jeu vidéo. Je dis, hey, c'était un bon jeu vidéo, d'accord. Et on se... Voilà. Et on se... On se... On se... On se... On se... On se... On se... On se... On se tourne vers la place de l'église puis après, on prend un taxi.

Et dans le taxi, Sophia nous explique un petit peu le plan. Et le plan, donc, va être de prendre un bus qu'elle a repéré, ligne de bus qui nous mène d'abord à Alexandrie. Puis d'Alexandrie, on a un jour et cinq heures de voyage pour arriver dans un endroit qui s'appelle Soloum. Et là, Soloum, c'est un poste frontière pour la Libye. C'est ce qui se passe. En gros, pour la faire살per, courte, on est retourné à l'hôtel, on a pris nos bagages, on est allé à la gare routière où il y avait un petit marché ambulant avec plein de gens qui vendaient des peignes, des Walkman qui fonctionnent pas, des médicaments, des piles, des brosses à dents usagées, bon bref. Dans le nord de Paris, j'en ai rencontré quelques-uns, on appelle ça des bifins, c'est des sortes de marchés de recyclage non contrôlé, de déchets, ou d'objets, disons, abandonnés. Ce sont des gens qui ont ça, d'ailleurs, parfois dans des sortes de valises qu'ils portent autour du cou et ils distribuent ça, mais on ne trouve rien d'intéressant même si on a fort envie de ramener des souvenirs beaucoup plus authentiques que les scarabées peints en bleu qu'on trouve sur le marché.

On prend notre bus, on négocie, Sophia me reproche que notre amulette ne nous permet pas d'avoir un discount, mais bon, voilà. Et on commence une longue, longue, longue traversée occidentale de l'Egypte qui a un énorme avantage, c'est qu'elle est en plein bord de mer. C'est-à-dire que, alors, quand on a des places sur le côté droit du bus, on a deux énormes avantages. Déjà, il n'y a pas de soleil, et aussi, on est à l'ombre du toit et on voit la mer Méditerranée au nord et la mer, je peux te dire quelque chose, surtout la mer Méditerranée, on ne s'en lasse jamais. Avec parfois des voiliers blancs, parfois des gros super tankers, parfois des Costa Croisières, énormes, qui passent au loin, et on se dit, le voyage, les vacances, le rêve, la tranquillité, l'oisiveté, même si nous, on était finalement à quelques centaines de mètres d'eux et en route vers l'aventure. C'est très long. Dans ce bus, je pense à une chose.

Je pense au fait que dans ma vie, récemment, mais même, on peut prendre le scope sur plusieurs années, en fait, je suis attaqué de toute par des... pas par des soldats ou par des gens qui m'aiment pas, mais par des événements mystérieux. Et j'ai eu cette chance, finalement, avec Dian et son monde magique, des rêves, je sais pas quoi, et avec le Sahir qu'on a rencontré hier, de rencontrer des gens aussi qui ont des pouvoirs occultes, qui m'ont donné des protections nécessaires. Et j'ai l'impression de vivre dans un équilibre entre agression de forces inconnues et protection de forces aussi inconnues. J'ai un petit peu de chance. Mais je me demande si un jour, le déséquilibre sera pas en ma défaveur. En tout cas, pour l'instant, il y a un équilibre et je m'en réjouis. Mais c'est vrai qu'il y a une dimension métaphysique et c'est aussi une difficulté. Parce que quand on comprend pas les choses, on ne les contrôle pas.

Voilà. Quand on les contrôle pas, soit on... comment dire... soit on lâche prise, soit au contraire, on sombre dans l'inquiétude. Mais j'ai décidé de pas trop m'inquiéter. Et surtout, même si ça a duré un jour et... quelques heures, il y a eu de nombreux arrêts complètement imprévus, tout simplement parce que le conducteur avait envie de faire pipi ou d'aller voir un ami ou de s'arrêter dans un endroit où on lui versait des bacs chiches pour que tout le monde aille faire pipi et acheter un... je sais pas... enfin, souvent de l'eau, parfois du lait caillé, parfois un Orangina comme nous, et quelques baclavas sur la route. Et aussi faire pipi. Mais les arrêts étaient aléatoires. Mais en tout cas, j'en ai profité vraiment pour dormir dès que je le pouvais. Comme un soldat en campagne, c'est-à-dire t'as rien à faire pendant deux heures, tu dors, c'est déjà ça de pris, tu vois. Et là, j'ai vraiment...

alors, j'étais très très mal assis, il faisait chaud, les vêtements collés à la peau, mais j'ai bien dormi. Et quand je me réveillais, j'ouvrais un oeil, je voyais Volodia que j'aime beaucoup, je voyais Sophia que j'aime beaucoup, et je voyais la mer qui me faisait rêver, que j'aime beaucoup aussi. Je me demande parfois si la vie pouvait pas être plus simple, mais ma vie, à défaut d'être simple, juste là, elle me rendait heureux, c'était déjà pas mal. On est enfin arrivé à Soloum, qui est une ville tellement minuscule qu'on pourrait appeler ça un village, mais qui a un poste frontière un petit peu énervé. On avait pas de visa, et on avait pas vraiment envie de donner nos passeports, et on est descendus. Et là, à nous de réfléchir. Volodia nous a dit, moi, j'ai un peu l'habitude, toi, Sophia, t'es une femme, cache-toi quelque part, tranquille, tiens, va prendre quelque chose à boire au bar, il lui a parlé comme ça.

Et moi, je suis allé avec lui parce que je parlais un petit peu arabe. On a arrêté un gars qui était dans une voiture, alors il y avait beaucoup de camions et de voitures qui allaient dans le sens Libye-Egypte, mais dans le sens, il y en avait assez peu, et d'ailleurs, le bus qu'on avait pris s'arrêtait là et faisait demi-tour. On a arrêté une espèce de grand break blanc, une sorte de taxi, qui était déjà plein, qui a refusé de nous prendre. Une autre voiture, ambiance 4x4, climatisée, qui m'a fait très envie. Et le gars, il a dit, non, non, je vous prends pas, vous êtes, je comprends pas pourquoi vous voulez traverser, pour moi, c'est très louche. D'ailleurs, je vous avertis, vous jouez au fait du tourisme, du dark tourisme, ça vous fait rire, mais vraiment, c'est pas simple, la Libye, en ce moment. Et, au final, on a arrêté un camion de transport réfrigéré. Et qui n'a pas dit oui, mais il a daigné nous écouter, et on a commencé les salamalek, infini, de la négociation.

Et il nous a pris 200 euros. 200 euros pour que, sans promesse, ils nous mettent dans son camion réfrigéré, et ils nous déposent, on va dire, 5 kilomètres de l'autre côté de la frontière. Et, avec cette idée de, il allait prendre sur les 200 euros, 150 euros pour donner aux douaniers, enfin, aux mecs du poste frontière, en disant, regardez pas trop ce qu'il y a dedans. Mais, donc, on se met dans le camion réfrigéré, qui est réfrigéré avec des gros guillemets, parce qu'avec la chaleur qu'il faisait dehors, alors, ça faisait beaucoup de bien, ça faisait très froid, un coup, mais il faisait genre 17 degrés à l'intérieur, et il transportait heureusement pas des surgelés, mais des bananes, des énormes régimes de bananes qui pendaient au plafond, comme des grosses pièces de viande, quoi, et qui étaient secouées tout le temps. Donc, nous, on s'est mis tout au fond, derrière les bananes. Le camion se fait arrêter, et ça discute dehors, je comprends rien, c'est un dialecte arabe, ça gueule un peu, et le ton monte, on se regarde, on dit, allez, est-ce qu'on a foutu de l'argent en l'air ?

Il y a un gars qui rentre, et c'est un gars, c'est un gars du poste frontière, côté libyen. Il écarte les bananes, il nous voit, et il nous pose une question en anglais, il nous dit, est-ce que vous avez des armes ? Voilà. Et on dit non. Et il dit, ok. Et il ressort. Et on est passé comme ça. Donc, on est passé, et le camion a redémarré, et 5 kilomètres plus tard, comme convenu, au premier village, on s'est arrêté. Zéro blague, le mec nous a déposé devant un bâtiment, genre un immeuble 3 étages au milieu du désert, et sur le bâtiment, on a pris une photo de l'enseigne du bâtiment, on l'a traduit avec Google Translate, et c'était marqué, ministère de la sécurité intérieure. Le mec nous a fait ça, quoi. Mais, il y avait des gardes et tout, mais ils n'ont pas posé de questions plus que ça, et on a commencé à s'éloigner un petit peu, on est revenu en arrière, parce qu'il y avait un panneau, et au bout, il y avait une sorte de village, et notamment, en fait, sur le village, alors c'était un village de bord de mer, et il y avait une sorte d'hôtel, hôtel pour touristes, c'est-à-dire, genre, une petite tour qui devait faire 6 étages, mais moderne, et on voyait le bleu d'une piscine et tout, ça sentait bon, le Club Med, tu vois.

Donc, on marche en plein milieu du désert, sur une route de terre, dans l'espoir que ce village se rapproche rapidement, mais vous savez, quand on est sur des terrains très plats, parfois, on peut marcher, je sais pas, pendant des heures et des heures, et le truc qu'on voit au loin, il est toujours aussi loin. Mais bon, on y arrive. C'est effectivement un petit village quasiment désert, avec des gens qui nous regardent. On va vers l'hôtel, qui s'appelle... Alors, le village s'appelle Bardia, et l'hôtel s'appelle le Birdie. Et l'hôtel est fermé. C'est-à-dire qu'il y a une grille, et il est fermé, et la piscine, qui est jolie, en carrelage bleu, elle est vide. Et donc, il y a quelqu'un qui vient nous voir, il baragouine l'anglais, il dit « Ah, l'hôtel est fermé, mais je peux vous accueillir chez nous, et tout. » Donc, il est assez sympa. Et on commence à lui dire, ben, en fait, plutôt, on aimerait aller à Tripoli, en voiture.

Est-ce que vous pouvez nous appeler un taxi, ou un bus, ou nous dire comment y aller ? Et là, donc, c'était pas le propriétaire de l'hôtel, mais un concierge de l'hôtel, donc il nous ouvre, et on se met à l'ombre sur des chaises en plastique qu'il y avait autour de la piscine, dans une ambiance un peu fin du monde. C'est-à-dire que, village désolé, hôtel abandonné depuis des années, mais pourtant moderne, et parfois, ici et là, des impacts de bombes dans le paysage, et aussi, au lointain, parfois, un tir de Kalachnikov. Donc, vraiment, une ambiance, on pourrait dire, digne de Beyrouth, à certaines époques de son histoire. Et il y a toute une série de gens qui viennent parce que mon beau-frère connaît un gars qui vit à côté de chez lui, qui a sa sœur, qui blablabla, et puis, à la fin, on trouve quand même quelqu'un qui dit, moi, je peux aller à Tripoli, j'ai une voiture, et c'est reparti encore pour les Samalex, enfin, et c'est assez...

Disons qu'on a négocié pour montrer qu'on n'était pas des poulets à plumer, quoi. Mais vraiment, la négo, c'était genre 30, il demandait 30 euros, quoi. Et on aurait pu le descendre, je sais pas, à 15, peu importe, mais donc, on a dit, ah non, 25 plutôt, et il dit, non, 29, voilà. C'était des prix encore moins chers qu'il y avait en Égypte, mais ça, c'est parce que le pays est compliqué, ils étaient contents qu'on paye en dollars, et c'est aussi un pays qui a pas mal de pétrole, donc les chances n'étaient pas très chères. Nous voici repartis dans un break. Une voiture assez longue, je sais pas d'où elle venait, ça fait longtemps qu'il n'y avait plus de marque ou quoi, avec, disons, trois rangs, c'est-à-dire, il y a le premier rang avec Mohamed, j'allais dire Cess, mais non, Mohamed, qui est notre conducteur, mec très sympa, j'en parle dans deux minutes. Ensuite, il y a personne sur la place du mort, il y a Volodia et Sofia que j'ai laissé mettre au milieu, et moi j'étais derrière parce que j'aime bien être à côté de quelqu'un, mais mon plan c'était encore de prendre du repos, voilà, et ça m'allait tout à fait, même si j'étais un petit peu loin du conducteur qui avait tout le temps quelque chose à nous dire, et ceci, et cela, et voilà, dans un mélange, vraiment, à la fois de dialectes libyens, d'arabes égyptiens, et aussi d'anglais.

Il mettait la radio à fond, il mettait aussi, enfin, de temps en temps, il s'arrêtait pour prier, ou pour manger, il nous expliquait tout ça, il y avait de très nombreuses explications, on ne comprenait absolument rien, la route continuait le long de la mer, et ça c'était très joli, avec plein de petits villages, comme Bardia ou Soloum d'ailleurs, qui sont des villages bédouins, qui sont vraiment pittoresques, et on se demandait quelle vie ils avaient dedans. Et aussi, on est passé par des villes plus grandes, Toubrouk, que je n'ai pas vu parce que j'étais en train de vous payer, et que c'était la nuit d'ailleurs, et j'avais de l'espoir dans la journée qui suivrait de voir une ville qui s'appelait Sirte, et qui me faisait rêver parce que dans la bibliothèque de mon père, il y avait un livre que je voyais souvent, qui n'était pas rangé, on voyait la couverture, même si c'était juste une couverture jaune, c'était le rivage des Sirtes.

Et je me suis toujours dit, le rivage des Sirtes, où est-ce que c'est ? Et j'allais passer devant Sirte, donc ça allait être un grand moment. Et Mohamed, même s'il faisait de nombreux arrêts, ne prévoyait pas un moment où on allait dormir une nuit entière, et il allait nous accompagner à Tripoli, même si on guettait le moment où on serait à la distance suffisante de Tripoli pour lui dire, c'est quoi, finalement, tu vas nous laisser là, à Leptis. Cela dit, si on était en territoire hostile et dangereux, avec des milices, où tout le monde avait peur, on n'a pas eu d'ennuis, mais il m'est arrivé quelque chose d'absolument extraordinaire. J'étais assis à l'arrière de la voiture, et on était en sorte de torpeur de fin de journée. La chaleur de la journée nous avait complètement épuisés. On était un petit peu, comment ça s'appelle, déshydratés, parce qu'en plus, on se forçait en tant qu'occidentaux à ne boire que de l'eau en bouteille, et c'était pas toujours facile à trouver, donc on se rationnait un petit peu, etc.

Et Sofia avait été la tête contre la vitre, épuisée. Même notre conducteur, Mohamed, était un petit peu éteint. Et dans la voiture, à côté de moi, alors qu'il n'y devrait y avoir personne, il y a eu quelqu'un. Quelqu'un était là. Je tourne la tête, il y avait quelqu'un. Et il y avait une sorte de, comment dire, d'ambiance disons surnaturelle, bien entendu, parce que c'était une apparition qui n'avait rien de normal, mais assez apaisante, qui fait que j'ai pas flippé et j'ai pas crié. C'est un peu comme si, tout autour de moi, la lumière avait baissé d'un demi-ton, et qu'on est dans une ambiance crépusculaire, cotonneuse, mais protectrice. Et la personne que je vois, en plus, n'a rien d'effrayant. Et elle a une particularité tout à fait extraordinaire, c'est que c'était un homme, et c'était d'ailleurs un très bel homme. On était dans le registre d'un gars qui ressemblait un petit peu à Robert Pattinson, c'est-à-dire un visage charismatique, mais avec quand même des traits très particuliers qui fait qu'il n'était pas ordinaire.

Il y a aussi une très belle stature d'homme. Et il me regarde, il me sourit, et quand je le regarde, je me dis, je le connais. Mais je l'ai vu où, ce gars ? Je le connais. Et là, je trouve qui c'est, et c'est tellement impossible que ce soit lui, que j'ai du mal à le dire, mais je le dis quand même. En fait, le gars, t'enlèves le fait qu'il soit genre méga beau et grand et tout, etc. C'est Dodo, c'est Dorian. Le Dorian, donc le jeune homme trisomique qu'on avait pris en en autostop. Et il était là, genre dans la voiture, mais genre transformé en mec incroyable, tu vois, genre beau et puissant et tout. Et je dis, Dorian ? Et tu sais, il sourit, et genre il fait oui de la tête. Et je me jette pas sur lui en tendant les bras, mais je suis hyper heureux, tu vois, genre j'ai presque des larmes. Je dis, mais, alors, déjà, je comprends pas. Et en plus, enfin, j'étais hyper inquiet. On était là, dans la forêt, le clown, et la soucoupe volante, t'étais là dans la soucoupe volante.

Il dit, oui, la soucoupe volante. J'ai dit, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Et là, je commence à secouer Volodia. J'ai dit, hé, il y a Dorian et tout. Il dit, non, non, les touche pas, les touche pas. J'ai fait une petite bulle pour qu'on soit juste entre toi et moi, Alexis. Il faut qu'on parle, c'est important. Et là, eux, tout ce qu'on va dire, en fait, même s'ils se retournent, ils me verront pas. Et tout ce qu'on va dire, ce sera entre nous, d'accord ? Je dis, ok, mais on est quoi ? On est transport ailleurs ? Il dit, non, non, on est là, simplement. Je vais pas appeler des termes compliqués. Et tu sais, il parle ultra bien. Genre, c'est Dorian, mais il parle aussi ultra bien. Il est ultra smart dans les yeux. Il a une intelligence incroyable, tu vois. Il dit, j'ai créé une petite bulle de réalité autour de nous, donc ne t'inquiète pas, la voiture, elle continue, tu vas arriver à destination.

Mais je suis venu te voir. Je dis, mais alors raconte-moi, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Alors, il m'a dit, ça va être une longue histoire parce que est-ce que tu as vu cette soucoupe volante ? J'ai dit, mais attends, non seulement je l'ai vue, mais V et moi, on a été pris dedans et j'ai parlé aux extraterrestres et tout. Il me dit, moi aussi, je sais. Il me dit, mais moi, ils m'ont gardé. Et ils t'ont transformé ? Il m'a dit, non, pas tout à fait. Avant toute chose, je voudrais te dire quelque chose, Alexis. C'est que si je t'ai retrouvé, c'est parce que toi et Volodia, et toi en particulier, en fait, vous avez vraiment été très gentil avec moi. Et j'ai eu le temps de réfléchir à ma vie et à tout ce qui m'est arrivé. Et je pense que toi, Alexis, en tout cas, tu es vraiment la personne avec le plus grand cœur et la plus grande générosité naturelle que j'ai jamais vue. Et c'est pour ça que je viens à toi aujourd'hui.

Alors je dis, tu sais, moi, je ne suis pas assez gentil parce que quand tu as fait l'autostop, j'étais un petit peu, je n'ai pas réagi. Et c'est V qui a insisté pour qu'on aille te chercher. Et d'ailleurs, j'en étais reconnaissant. Il dit, tu vois, tu as été reconnaissant. Tu vois, il y a toujours une sorte de conflit en toi. Et tu vois clairement le bien et le mal. Et tu choisis le bien. Et ça, c'est presque mieux que les gens qui sont dressés comme des chiens à faire le bien. Je vais te citer une citation d'Orient. Dodo, il me dit, je vais te citer quelque chose qu'a dit un jour la reine Victoria. Je ne sais pas si tu vois qui c'est. Je dis, oui, c'est une reine ancienne, j'imagine. Elle a dit, l'honneur, c'est faire la différence entre le bien et le mal. Et faire le bien, en toute connaissance de cause. Et je crois, Alexis, que tu es un homme d'honneur. Je dis, euh, ok. Il me dit, oui, je viens à toi parce que tu es quelqu'un de bien et j'ai une grande dette envers toi.

Mais je ne suis pas venu pour te la payer aujourd'hui. Je suis venu pour te demander encore un service. Je voudrais que tu m'aides sur quelque chose. Mais avant toute chose, évidemment, tu as vu que ma voix, mon apparence et quelques petites choses en moi ont été changées. C'est ça. Je dis, ouais, t'es un petit peu différent, mais je te reconnais un petit peu quand même. Alors, il met, il prend ma main, il la serre un peu et il dit, t'es vraiment très gentil, tu sais. Il dit, je vais te raconter tout ce qui s'est passé et pourquoi j'ai besoin de toi aujourd'hui. Et si ça se passe bien, si tu choisis encore de faire le bien avec moi, alors dans ce cas-là, il n'y a que des bonnes choses qui peuvent nous attendre.

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