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Références

La soupe au cochon et Saint-Nicolas-du-Chardonnet

À l'épisode 59, deux hommes sortis de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet abordent Alexis pendant qu'il distribue des repas rue Monge. Ils distribuent aussi, mais des soupes au cochon et au lard, pour que les musulmans n'en mangent pas. Alexis les traite de nazis et se fait frapper. Les deux moitiés de la scène existent hors du récit, sans que le lien entre elles soit établi.

La soupe identitaire

Le nom exact est soupe identitaire, connue aussi comme soupe au cochon, soupe au lard ou soupe gauloise : une soupe populaire à la viande de porc, distribuée dans plusieurs villes de France et de Belgique dans les années 2000 par des tenants de l'extrême droite. Le porc étant interdit par la cacherout et par les prescriptions halal, un juif ou un musulman pratiquant ne peut pas en manger sans manquer à sa foi.

La première a lieu à Paris en 2004, dans le quartier de la gare de l'Est, à l'instigation du Bloc identitaire, aujourd'hui Les Identitaires. L'idée est reprise à Nice le 28 décembre 2005, puis passe en Belgique. La présidente de l'association Solidarité des Français, Odile Bonnivard, résume ainsi son action dans Minute : « Nous avons décidé d'aider "les nôtres" avant "les autres". »

Suites judiciaires

La préfecture de police de Paris interdit ces distributions à partir du 28 décembre 2006, pour risque de trouble à l'ordre public. Saisi en référé par Solidarité des Français, le tribunal administratif de Paris suspend l'interdiction le 2 janvier 2007 : le caractère discriminatoire est reconnu, mais ne justifie pas selon lui l'atteinte portée à la liberté de réunion. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, soutenu par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, saisit le Conseil d'État, dont le juge des référés annule cette ordonnance le 5 janvier 2007, en relevant la contradiction du tribunal, qui juge l'interdiction disproportionnée après avoir établi la discrimination. La Cour européenne des droits de l'homme déclare le recours de l'association irrecevable le 16 juin 2009, pour défaut manifeste de fondement.

L'église

Saint-Nicolas-du-Chardonnet se trouve au 23 rue des Bernardins, à l'angle de la rue Saint-Victor, dans le cinquième arrondissement, à côté de la maison de la Mutualité. L'épisode la place exactement là, avec le petit square où Alexis fait sa distribution.

Le 27 février 1977, des proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, menés par les abbés François Ducaud-Bourget, Louis Coache et Vincent Serralda, s'en emparent en y célébrant une messe après neuf demandes restées sans réponse auprès de l'archevêque de Paris, et expulsent le prêtre affectataire. Un arrêté d'expulsion est obtenu, jamais exécuté : le médiateur désigné par le tribunal, Jean Guitton, met en avant le risque d'un trouble plus grand à l'ordre public. La Fraternité la dessert depuis, et elle est le principal lieu de culte parisien du mouvement traditionaliste.

Ses liens avec l'extrême droite se lisent dans ses registres : les obsèques de Paul Touvier, de François Duprat, de Maurice Bardèche et de Jean-Pierre Stirbois y ont été célébrées, et une messe y a été dite en septembre 1998 à la mémoire de Bardèche, historien négationniste, en présence de Jean-Marie Le Pen.

Sécession, mais pas celle-là

Alexis dit avoir appris que l'église a fait sécession avec le Vatican. Ce n'est pas l'édifice qui rompt, mais la fraternité qui l'occupe, et la rupture est plus ancienne et plus continue que l'occupation.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fondée en 1970 par Marcel Lefebvre, perd sa reconnaissance canonique en 1975. Lefebvre est frappé de suspense a divinis en 1976, puis excommunié en 1988 pour avoir sacré quatre évêques sans l'accord de Jean-Paul II. Ces excommunications sont levées en 2009 par Benoît XVI, et François accorde ensuite aux prêtres de la Fraternité la faculté de confesser, en 2015, puis reconnaît la validité de leurs mariages, en 2017.

Le mot d'Alexis tombe pourtant au bon moment. Le 1er juillet 2026, quatre nouveaux évêques sont sacrés contre les indications de Léon XIV, et le Saint-Siège décrète dès le lendemain leur schisme et leur excommunication. La validité des confessions et des mariages de la Fraternité n'est plus reconnue, et ses fidèles sont tenus pour schismatiques. L'épisode paraît le 28 août 2026, huit semaines plus tard.

Reprise dans le récit

La soupe au cochon est le fait d'associations identitaires, le Bloc identitaire et Solidarité des Français, non d'une paroisse. Rien de documenté ne rattache ces distributions à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Dans l'épisode, les deux distributeurs sortent de cette église.

Distribuer des repas dans la rue

Alexis explique à ses compagnons qu'on ne peut pas distribuer des repas comme cela et qu'il faut s'organiser à l'avance. À Paris, la Ville ne demande ni déclaration ni autorisation préalable, mais publie un guide qui pose quatre règles, hygiène et chaîne du froid, sécurité des usagers et gestion des files, sécurité routière, récupération des déchets, et six principes, dont l'inconditionnalité de l'aide et la neutralité politique et religieuse. Le non-respect répété expose à une verbalisation.

Ce qui arrive, en revanche, ce sont des interdictions localisées. Le préfet de police a interdit par arrêté du 9 octobre 2023 toute distribution alimentaire pendant un mois dans un secteur des dixième et dix-neuvième arrondissements, autour de Stalingrad et de Jaurès. Le tribunal administratif de Paris l'a suspendu le 17 octobre 2023, le préfet n'établissant pas que ces distributions produisent des rassemblements constituant un trouble à l'ordre public.

Les principes du guide de la Ville tranchent d'eux-mêmes entre les deux distributions de l'épisode : celle d'Alexis y répond, celle des deux hommes contredit l'inconditionnalité comme la neutralité religieuse.

Sources

Notices Soupe identitaire, Église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et Les Identitaires sur Wikipédia. Guide pour les intervenants parisiens distribuant de l'aide alimentaire sur l'espace public, Ville de Paris. Décision du tribunal administratif de Paris du 17 octobre 2023 suspendant l'arrêté du 9 octobre 2023. Consultées le 30 août 2026.